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Cryptomonnaies : la curiosité progresse, la confiance reste à construire

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Selon le Crypto Trust Index de la néobanque bunq, 60 % des Français jugent utile d'explorer des placements alternatifs comme la crypto. L'adoption bute toutefois sur le manque d'éducation, d'accompagnement et de confiance dans les plateformes.
 

L'incertitude économique nourrit la curiosité pour les actifs en dehors des sentiers traditionnels. Selon le Crypto Trust Index publié par la néobanque bunq, 60 % des Français estiment que le contexte actuel rend utile l'exploration d'alternatives comme les cryptomonnaies, et 32 % déclarent en avoir déjà acquis. Cet appétit s'enracine dans un climat d'inquiétude : 65 % des répondants se disent incertains quant à leur situation financière présente et 66 % redoutent leurs perspectives à cinq ans. 

 

Mais l'intention se heurte à un obstacle persistant, celui de la connaissance : un Français sur cinq se dit intéressé par la crypto tout en reconnaissant manquer des repères nécessaires pour investir. L'étude dessine ainsi un marché où la demande latente dépasse de loin le passage à l'acte, et où les freins relèvent moins de l'idéologie ou du goût du risque que de l'éducation, de l'accompagnement et de la confiance. Pour les acteurs financiers, banques comprises, cette configuration redéfinit la manière d'aborder une classe d'actifs encore jeune et volatile.
 

Entre intention et passage à l'acte, un écart persistant
Parmi ceux qui n'ont jamais investi, les freins se hiérarchisent clairement. La perception des risques et de la volatilité arrive en tête, citée par 48 % des répondants, devant le manque de confiance dans les plateformes crypto, à 35 %, et le manque de connaissances et de compréhension, à 33 %. Interrogés sur ce qui les aiderait à franchir le pas, les Français placent l'apprentissage au premier rang : l'éducation aux fondamentaux pour 26 %, l'accompagnement humain pour 24 %, des conseils clairs pour 23 %, loin devant la simple disponibilité d'une application facile d'usage, à 10 %. 

 

Le besoin exprimé n'est donc pas tant un outil supplémentaire qu'un cadre rassurant et pédagogique. Pour Joe Wilson, responsable de l'évangélisation chez bunq, l'industrie de la crypto a longtemps été pensée pour des initiés, alors que l'adoption grand public repose sur la confiance et la simplicité, non sur la complexité. Cette analyse rejoint un constat plus large : une classe d'actifs ne se démocratise pas par la seule promesse de gains, mais par la capacité à être comprise. Tant que la volatilité et l'opacité perçue des plateformes domineront les représentations, l'écart entre curiosité affichée et investissement effectif a peu de chances de se combler.
 

La confiance reste ancrée dans les institutions traditionnelles
Le paradoxe de cet engouement réside dans la persistance de la confiance accordée aux acteurs historiques. Malgré l'essor des plateformes spécialisées, les banques apparaissent comme les institutions les plus fiables pour investir, citées par 34 % des répondants, devant les plateformes d'échange crypto, à 22 %, et les plateformes de trading, à 16 %. 

 

S'ils décidaient de se lancer, 18,3 % des Français se tourneraient d'abord vers leur banque pour s'informer. L'enquête, menée par Pollfish pour bunq en avril 2026 auprès de 6 950 répondants dans sept pays, dont 1 000 en France, désigne ainsi un rôle à jouer pour les institutions financières dans la construction d'un écosystème plus lisible. Pour une clientèle patrimoniale, ces résultats appellent une lecture mesurée. La crypto demeure un actif volatil, dépourvu de valeur intrinsèque et de rendement, dont le cadre réglementaire européen se met en place progressivement. Une exposition raisonnée suppose de n'y consacrer qu'une part limitée de son patrimoine, des sommes dont la perte resterait supportable, et de privilégier la compréhension des mécanismes avant l'achat. La vigilance vis-à-vis des arnaques et des promesses de rendement garanti reste de mise. 

 

L'accompagnement humain et la clarté des conseils, que les répondants placent au premier rang de leurs attentes, valent ici comme partout : ils ne suppriment pas le risque, mais ils en permettent une appréciation lucide. La place de la crypto dans une allocation se raisonne alors comme celle de tout actif spéculatif : elle suppose un horizon défini, une tolérance aux fortes variations et une discipline qui interdit d'y consacrer une épargne dont on pourrait avoir besoin à court terme. Le fait que les Français se tournent d'abord vers leur banque pour s'informer ouvre une voie pour les acteurs établis, dont la valeur ajoutée tiendrait moins à l'accès au marché, désormais banalisé, qu'à la pédagogie et au cadre de sécurité offerts. Tant que cette demande d'orientation restera insatisfaite, la curiosité continuera de dépasser largement l'investissement effectif.